Ta fréquence cardiaque grimpe au fil d'une sortie longue sans que tu accélères d'un mètre par seconde : c'est la dérive cardiaque, et ce n'est ni un défaut de condition physique ni un artefact de ta montre. Chez 8 cyclistes suivis pendant 2 heures à 33 °C, Montain et Coyle (1992) ont établi que l'ampleur de cette dérive était linéairement proportionnelle au déficit hydrique accumulé, avec une corrélation de 0,99. Le phénomène est universel, mesurable, et surtout : son ampleur dit quelque chose d'utile sur ce qui se passe réellement dans ton effort.
L'essentiel — La dérive cardiaque est la baisse progressive du volume d'éjection systolique après 10-20 minutes d'effort, compensée par une hausse de fréquence cardiaque (Coyle et González-Alonso, 2001). Son ampleur suit la déshydratation de façon linéaire (Montain et Coyle, 1992) mais dépend surtout de la chaleur : +5,4 % de fréquence cardiaque à 22 °C sans baisse significative du VO2max (Wingo, 2012), contre +12 à +19 % à 35 °C avec un VO2max en baisse de 19 % (Wingo, 2005). Contre-intuition majeure : à intensité relative égale, ce sont les plus entraînés qui dérivent le plus, parce qu'ils produisent plus de chaleur (Stone, 2024). Sur marathon, c'est le coût cardiaque (FC ÷ vitesse) qui est lié au chrono, pas la fréquence cardiaque seule (Billat, 2020) — et le découplage de la fréquence cardiaque prédit fortement la perte de puissance au seuil (r = −0,76 chez 51 cyclistes, Rothschild, 2025), même si le seuil des « 5 % » popularisé par les plateformes n'a, lui, aucune validation publiée.
Qu'est-ce que la dérive cardiaque, exactement ?
Le terme désigne un ensemble de deux mouvements simultanés et opposés. Coyle et González-Alonso (2001), dans une revue de référence sur le sujet, la caractérisent par le déclin progressif du volume d'éjection systolique après 10 à 20 minutes d'exercice — le volume de sang que ton cœur expulse à chaque battement diminue. La fréquence cardiaque monte en compensation, pour maintenir approximativement le même débit cardiaque.
Ce que tu vois sur ta montre, c'est uniquement la moitié visible du phénomène : l'autre moitié, la baisse du volume d'éjection, n'est mesurable qu'en laboratoire.
Sur le mécanisme sous-jacent, la littérature n'est pas unanime, et il faut le dire. L'explication classique attribue la baisse du volume d'éjection à une redirection progressive du sang vers la peau à mesure que la température corporelle monte : moins de sang revient au cœur, donc moins de sang en sort à chaque battement. Coyle et González-Alonso proposent au contraire que c'est la hausse de la fréquence cardiaque elle-même qui cause principalement la baisse du volume d'éjection — un cœur qui bat plus vite dispose de moins de temps pour se remplir entre deux contractions. C'est une inversion complète du sens de la causalité. Leur article est explicitement formulé comme une proposition (« we propose »), pas comme un consensus établi.
Pour ce qui t'intéresse en tant que coureur, cette querelle mécanistique change peu de choses. Ce qui compte, c'est ce que la dérive coûte, et ce qui la fait varier.
Pourquoi ta fréquence cardiaque monte-t-elle à allure constante ?
Le facteur le mieux quantifié est la déshydratation, et sa relation avec la dérive est remarquablement propre.
Montain et Coyle (1992) ont fait pédaler 8 cyclistes entraînés pendant 2 heures à 62-67 % du VO2max, à 33 °C et 50 % d'humidité, dans quatre conditions différentes : sans boisson, ou en remplaçant 20 %, 48 % ou 81 % des pertes sudorales. Les pertes de poids résultantes se sont étagées à 4,2 %, 3,4 %, 2,3 % et 1,1 % du poids de corps. Les résultats forment presque une droite :
- la hausse de température œsophagienne suit le déficit hydrique avec une corrélation de 0,98 ;
- la hausse de fréquence cardiaque le suit avec une corrélation de 0,99 ;
- la baisse du volume d'éjection le suit avec une corrélation de 0,99.
Un point mérite d'être souligné : le taux de sudation était identique dans les quatre essais. Ce n'est donc pas que tu transpires différemment, c'est que le volume que tu ne remplaces pas se paie directement en battements.
Mais l'hydratation n'explique pas tout, et Hamilton et ses collègues (1991) l'ont montré dans le même laboratoire. Chez 10 sujets entraînés pédalant 2 heures à 22 °C — donc au frais —, l'essai sans boisson (2,9 % du poids perdu) a produit une baisse de 15 % du volume d'éjection et une hausse de 10 % de la fréquence cardiaque entre la 20e et la 120e minute. Dans l'essai où l'eau ingérée compensait intégralement les pertes, le volume d'éjection a été maintenu — mais la fréquence cardiaque a quand même monté de 5 %.
Autrement dit : boire parfaitement protège le volume d'éjection, mais ne supprime qu'environ la moitié de la hausse de fréquence cardiaque. Un détail utile de cette étude : pendant la première heure, les deux conditions étaient indistinguables sur la température rectale, le volume d'éjection et la fréquence cardiaque. C'est dans la seconde heure que l'écart se creuse — ce qui correspond assez bien au moment où un coureur commence à sentir qu'il paie sa sortie longue.
Ta dérive est-elle grave, ou seulement cosmétique ?
C'est la question qui décide de tout le reste, et la réponse dépend presque entièrement de la température.
Wingo et ses collègues ont construit un protocole élégant pour y répondre : mesurer la dérive entre la 15e et la 45e minute d'un effort à 60 % du VO2max, puis enchaîner immédiatement sur un test maximal — en comparant à un essai séparé où le test maximal était fait dès la 15e minute. On isole ainsi ce que les 30 minutes de dérive ont coûté en capacité maximale.
| Étude | Conditions | Mode | Hausse de FC (15→45 min) | Baisse du volume d'éjection | Effet sur le VO2max |
|---|---|---|---|---|---|
| Wingo, 2012 (9 femmes) | 22 °C | vélo ou marche | +5,4 % | −11 % | −7 %, non significatif |
| Wingo, 2005 (9 hommes) | 35 °C | vélo | +12 % | −16 % | −19 % |
| Wingo, Stone et Ng, 2020 (7 hommes) | 35 °C | course | +19 % | −20 % | baisse, comparable au vélo |
| Wingo, Stone et Ng, 2020 (7 hommes) | 35 °C | vélo | +17 % | −15 % | baisse, comparable à la course |
Trois enseignements sortent de ce tableau.
En ambiance tempérée, la dérive est modeste et sans conséquence démontrée. Chez 9 femmes récréativement actives à 22 °C, la fréquence cardiaque n'a monté que de 5,4 % sur 30 minutes et la baisse de VO2max (−7 %) n'a pas atteint le seuil de significativité (Wingo, 2012). Une précision s'impose : avec 9 sujets, un résultat non significatif ne prouve pas l'absence d'effet — il indique seulement que l'étude ne parvient pas à le distinguer du bruit. La lecture prudente est donc qu'au frais, l'effet est au pire nettement plus petit qu'à la chaleur.
À la chaleur, en revanche, la dérive s'accompagne d'une amputation réelle de ta capacité maximale. Dans l'étude de 2005, la fréquence cardiaque des 9 cyclistes est passée de 151 à 169 bpm et leur VO2max s'est effondré de 4,4 à 3,6 L/min, soit −19 %. Conséquence directe : l'effort sous-maximal, qui représentait 63 % de leur VO2max à la 15e minute, en représentait 78 % à la 45e. Ils couraient — pédalaient — à la même puissance, mais à une intensité relative bien plus élevée. Un détail frappe dans cette étude : à la 45e minute, ils ont atteint une fréquence cardiaque maximale plus haute (194 bpm contre 191) tout en consommant nettement moins d'oxygène.
Et l'ingestion de liquide n'a rien changé sur cette durée. Dans le protocole de 2005, la condition avec boisson (poids stable) et la condition sans boisson (2,5 % de déshydratation) ont produit la même dérive et la même baisse de VO2max. Ce résultat n'est qu'apparemment en contradiction avec Montain et Coyle (1992) : les deux protocoles ne durent pas la même chose — 45 minutes contre 2 heures — et les déficits hydriques atteints y sont très différents (2,5 % contre jusqu'à 4,2 %). L'explication la plus simple est que la déshydratation devient un facteur déterminant à mesure qu'elle s'accumule ; c'est une lecture cohérente avec les deux études, mais aucune des deux ne la teste directement.
Enfin, l'étude de 2020 apporte une réponse à une objection légitime — la quasi-totalité de cette littérature est faite sur vélo. En comparant course et vélo à 35 °C chez les mêmes sujets, Wingo, Stone et Ng ne trouvent aucune différence de dérive ni de baisse de VO2peak entre les deux modes, malgré un gradient thermique cœur-peau supérieur de 1,8 °C en course. Les données du vélo se transposent donc raisonnablement à la course à pied — avec la réserve que 7 sujets ne permettent de détecter qu'une différence de taille importante.
Faut-il ralentir pour tenir sa fréquence cardiaque cible ?
Beaucoup de coureurs pilotent leur sortie longue à la fréquence cardiaque : on se fixe une zone, et on ralentit dès qu'on en sort. Wingo et Cureton (2006) ont testé frontalement ce que cela produit.
Sept hommes ont pédalé 45 minutes à 35 °C dans deux conditions : fréquence cardiaque libre de monter, ou fréquence cardiaque maintenue strictement constante en baissant la puissance.
- Pour tenir la fréquence cardiaque constante, il a fallu réduire la puissance de 37 % et la consommation d'oxygène de 24 %.
- L'intensité relative est ainsi passée d'environ 60 % à 50 % du VO2max. La relation entre fréquence cardiaque et pourcentage de VO2max n'est donc pas préservée : à fréquence cardiaque identique, tu travailles à une intensité relative plus basse.
- Le VO2max a tout de même baissé de 7,5 % — contre 15 % quand la fréquence cardiaque était libre de dériver. Ralentir réduit la casse, sans l'annuler.
Ce résultat coupe dans les deux sens, et c'est ce qui le rend intéressant. Piloter à la fréquence cardiaque te fait effectivement ralentir davantage que nécessaire pour maintenir une intensité donnée. Mais piloter à l'allure te fait, symétriquement, dériver vers une intensité relative croissante sans t'en rendre compte — c'est exactement ce que montrait l'étude de 2005 avec ses 63 % devenus 78 %.
Il n'existe pas de réponse universelle. Le choix dépend de ce que tu veux de la séance : une contrainte cardiovasculaire constante, ou une allure constante. Les deux ne sont pas compatibles sur longue durée à la chaleur.
Dériver beaucoup, est-ce le signe d'un manque d'endurance ?
C'est l'interprétation la plus répandue chez les coureurs, et c'est celle que la donnée la plus directe contredit.
Stone et ses collègues (2024) ont comparé 6 femmes très entraînées et 6 femmes peu entraînées, à 35 °C, dans deux conditions distinctes. À même intensité relative (60 % du VO2max), ce sont les plus entraînées qui ont le plus dérivé :
| Très entraînées | Peu entraînées | |
|---|---|---|
| Production de chaleur métabolique | 496 ± 51 W | 364 ± 44 W |
| Température centrale de fin d'effort | 38,7 ± 0,4 °C | 38,2 ± 0,1 °C |
| Hausse de fréquence cardiaque | +15 bpm (10 %) | +10 bpm (6 %) |
| Baisse du volume d'éjection | −11 mL/battement (16 %) | −5 mL/battement (8 %) |
| Baisse du VO2max | −16 % | −5 % |
L'explication est métabolique : une athlète entraînée a un VO2max plus élevé, donc 60 % de son VO2max correspond à un effort absolu bien plus important — et la chaleur produite suit. Une précision de vocabulaire : les 496 W et 364 W du tableau mesurent une production de chaleur métabolique, pas la puissance développée sur le pédalier. Quand les chercheurs ont fixé cette production de chaleur à 500 W pour les deux groupes, toute différence a disparu — température, dérive, baisse de VO2max, tout est devenu comparable, alors même que les deux groupes travaillaient à des pourcentages de VO2max très différents : 60 % pour les entraînées contre 75 % pour les peu entraînées.
La conclusion des auteurs est nette : c'est la production de chaleur métabolique qui module la relation entre dérive et VO2max, indépendamment du niveau d'entraînement. L'échantillon est toutefois très réduit — 6 sujets par groupe, uniquement des femmes, sur vélo — et il faut s'en tenir à ce que l'étude autorise.
Buresh, Berg et Noble (2005) apportent un complément mesuré en course à pied. Chez 20 coureurs récréatifs (des hommes) courant 20 minutes à 95 % de leur vitesse au seuil lactique, la dérive de fréquence cardiaque était corrélée au stockage de chaleur (r = 0,383), à la proportion de chaleur produite qui est stockée (r = 0,433) et à la variation de température centrale (r = 0,450). En amont, la production de chaleur était fortement liée à la masse corporelle (r = 0,687) et à la masse maigre (r = 0,749). Les coureurs plus lourds produisent et stockent plus de chaleur.
Ces corrélations restent modestes — autour de 0,4 pour la dérive, soit de l'ordre de 15 à 20 % de variance partagée — mais elles pointent dans la même direction que Stone : ton gabarit et la chaleur que tu produis expliquent une partie de ta dérive que ton niveau d'endurance n'explique pas.
Que voit-on sur un vrai marathon ?
Les deux études menées sur marathon réel convergent sur un point pratique : la fréquence cardiaque seule ne dit rien d'exploitable, il faut la rapporter à la vitesse.
Billat et ses collègues (2020) ont analysé 280 marathoniens finissant entre 2h30 et 3h40. En cherchant une tendance dans la série temporelle de vitesse de chacun, ils identifient deux populations : 215 coureurs (77 %) dont la vitesse chute significativement à partir du 26e kilomètre — les « fallers » — et les autres. Les fallers ont mis en moyenne 3h01:42 contre 2h54:09 pour les non-fallers (p = 0,006), avec une dérive cardiaque plus élevée (p < 0,0001). Ils avaient couru 56 % de la distance au-dessus de leur vitesse moyenne avant de céder.
Le résultat le plus utile de cette étude tient dans un contraste entre deux corrélations, toutes deux calculées contre le temps d'arrivée :
- hausse du coût cardiaque (fréquence cardiaque ÷ vitesse) entre les 4 premiers et les 4 derniers kilomètres : r = 0,18, p = 0,0018 ;
- hausse de la fréquence cardiaque seule : r = 0,01, p = 0,80.
La corrélation étant positive et calculée contre le chrono, elle se lit ainsi : plus le coût cardiaque dérive, plus le temps d'arrivée est long. La fréquence cardiaque brute, elle, ne prédit rien du tout. Il faut être honnête sur l'autre chiffre : r = 0,18 est une corrélation très faible, qui explique environ 3 % de la variance des temps. Ce qu'elle établit, c'est une différence de nature entre les deux indicateurs, pas un pouvoir prédictif fort.
Shimazu et ses collègues (2020) ont creusé le même indicateur chez 14 coureurs universitaires ayant couru un marathon après des tests incrémentaux en laboratoire. En comparant le coût cardiaque de chaque segment de 5 km à celui du segment initial (0-5 km), ils trouvent des corrélations avec la performance relative — la vitesse de marathon rapportée à la vitesse au seuil ventilatoire — sur les segments tardifs : r = −0,672 entre 25 et 30 km, r = −0,671 entre 30 et 35 km, r = −0,661 entre 35 et 40 km.
Le signe négatif signifie que plus le coût cardiaque dérive après le 25e kilomètre, moins le coureur exploite son potentiel. Ces coefficients sont plus élevés que celui de Billat, mais les deux ne se comparent pas directement : Shimazu mesure une performance relative sur 14 sujets, Billat un chrono absolu sur 280. Les deux pointent en revanche vers la même fenêtre critique, autour du 25e-26e kilomètre.
Une précision de vocabulaire s'impose ici. Le « découplage » (ou aerobic decoupling) désigne la même idée que le coût cardiaque : le rapport entre fréquence cardiaque et allure, comparé entre la première et la seconde moitié d'une sortie. Le principe est bien étayé. Rothschild et ses collègues (2025) ont mesuré, chez 51 cyclistes entraînés soumis à environ 2h30 d'effort, la relation entre le découplage de la fréquence cardiaque et la chute de puissance au premier seuil ventilatoire : r = −0,76 (p < 0,001). C'est la relation la plus étroite du dossier entre un indicateur relevable à l'entraînement et une dégradation réelle de performance. Leur modèle prédictif, combinant seuil de départ, VO2pic, découplage de la fréquence respiratoire et interaction entre découplage cardiaque et durée, prédit la puissance au seuil en temps réel avec une erreur absolue moyenne d'environ 7,2 W (R² = 0,95). À noter que ces 51 cyclistes proviennent du regroupement de quatre études publiées séparément, ce qui n'est pas la même chose qu'un protocole conçu d'emblée pour cette question.
Ce qui n'est pas validé, en revanche, c'est le seuil : on lit très souvent qu'un découplage inférieur à 5 % signerait une bonne base aérobie. Aucune étude validant cette valeur n'apparaît dans la littérature. Elle est plausible et probablement utile comme repère personnel, mais elle ne vient d'aucun résultat publié — et Rothschild travaille sur des cyclistes, avec la puissance comme référence, ce qui ne se transpose pas mécaniquement à l'allure en course à pied.
Peut-on s'entraîner à moins dériver ?
C'est la question la plus intéressante, et celle sur laquelle la littérature est la plus mince.
Le cadre conceptuel actuel s'appelle la durabilité : Hunter, Maunder, Jones et leurs collègues (2025) la définissent comme la résilience à la détérioration des variables physiologiques et de la performance au cours d'un exercice prolongé. Leur point de départ est une critique méthodologique qui vaut pour tout coureur : les tests physiologiques sont presque toujours réalisés à l'état frais, alors que ces mêmes variables se dégradent au fil de l'effort. Ta VMA mesurée reposé ne décrit pas ta VMA au 30e kilomètre d'un marathon. Ils insistent aussi sur le fait que la construction du protocole détermine le résultat — plus l'intensité relative et la durée sont élevées, plus la détérioration mesurée est marquée — et que la nutrition et les conditions environnementales doivent être contrôlées pour que deux mesures soient comparables.
Une seule étude d'intervention est disponible. Matomäki et ses collègues (2023) ont réparti 35 sujets sédentaires ou récréativement actifs (16 hommes, 19 femmes) en deux groupes pendant 10 semaines de vélo : entraînement à basse intensité (LIT, 6,8 ± 0,7 h par semaine) ou à haute intensité (HIT, 1,6 ± 0,2 h par semaine). La durabilité était évaluée avant et après, sur 3 heures de vélo à 48 % du VO2max initial, à travers l'ampleur des dérives, leur moment d'apparition et la « contrainte physiologique » globale.
| LIT (6,8 h/semaine) | HIT (1,6 h/semaine) | |
|---|---|---|
| Ampleur moyenne des dérives | 7,7 % → 6,3 % (p = 0,09, non significatif) | 8,8 % → 5,4 % (p = 0,03) |
| Apparition des dérives | 106 → 131 min (p = 0,08, non significatif) | 108 → 137 min (p = 0,03) |
| Contrainte physiologique | améliorée (p = 0,01) | améliorée (p = 0,005) |
| VO2max | pas d'augmentation significative | augmenté (p < 0,001) |
Sur le score global de durabilité, les deux groupes progressent de façon équivalente (interaction temps × groupe : p = 0,42) — et le groupe HIT y parvient avec quatre fois moins de temps d'entraînement hebdomadaire. Seul le HIT améliore le VO2max.
Deux réserves, que les auteurs formulent eux-mêmes : dix semaines n'ont pas beaucoup déplacé l'ampleur des dérives ni leur moment d'apparition, l'essentiel du gain venant de la contrainte physiologique ; et les sujets étaient non entraînés au départ, sur vélo. Aucune étude d'intervention comparable n'est disponible chez des coureurs déjà entraînés.
Il faut enfin rappeler que la dérive ne se prolonge pas indéfiniment. Mattsson et ses collègues (2009) ont suivi 9 athlètes bien entraînés pendant 24 heures d'exercice en laboratoire, en blocs alternés de kayak, course et vélo à environ 55 % du VO2pic — chaque bloc comprenant 110 minutes d'effort suivies de 10 minutes de repos, ce qui distingue nettement ce protocole d'un effort continu. À la 6e heure, la fréquence cardiaque avait bien monté de 15 ± 6 bpm — la dérive attendue. Ensuite, elle est redescendue vers les valeurs initiales, alors même que les catécholamines plasmatiques continuaient d'augmenter. Pendant ce temps, la consommation d'oxygène montait de 10 % à 6 h puis 17 % à 12 h avant de se stabiliser. Le pouls d'oxygène a donc augmenté d'environ 10 % sur la seconde moitié des 24 heures. Sur les efforts de très longue durée, la fréquence cardiaque devient un indicateur trompeur, et pas seulement imprécis.
Comment appliquer ces conclusions à ton entraînement ?
Ce qui suit sont des propositions pratiques cohérentes avec les données ci-dessus — pas des protocoles issus des études citées.
Interprète ta dérive en fonction de la météo avant tout. Une hausse de fréquence cardiaque sur une sortie longue à 25 °C ne se lit pas comme la même hausse à 10 °C. C'est ce que suggère l'écart entre Wingo 2012 (22 °C, effet non significatif) et Wingo 2005 (35 °C, −19 % de VO2max) — deux études distinctes, avec des populations différentes, dont le rapprochement reste une inférence et non une comparaison directe.
Regarde le rapport, pas le nombre de battements. La leçon commune à Billat, Shimazu et Rothschild est que la fréquence cardiaque brute ne dit rien : c'est son rapport à l'allure — ou à la puissance — qui porte l'information. Si ta fréquence cardiaque monte de 4 % et que ton allure ralentit de 4 %, ton coût cardiaque a grimpé d'environ 8 %, soit le double de ce que ta montre affiche.
Compare tes sorties à elles-mêmes. Hunter et ses collègues (2025) insistent sur le contrôle des conditions pour que deux mesures soient comparables. En pratique : une même boucle, une même durée, une saison à l'autre, avec une météo proche. C'est le seul suivi qui a du sens à l'échelle individuelle, et il ne nécessite aucun seuil de référence.
Ne conclus rien sur ton niveau à partir de ta dérive. Stone (2024) montre que les athlètes les plus entraînées peuvent dériver le plus à intensité relative égale, et Buresh (2005) que le gabarit pèse. Un coureur lourd qui dérive plus qu'un coureur léger sur la même sortie ne manque pas d'endurance.
Si tu veux travailler ta durabilité, la question du volume n'est pas tranchée. Matomäki (2023) trouve un gain comparable en basse et haute intensité, la haute intensité l'obtenant avec quatre fois moins de temps. Cela ne dit pas quelle répartition adopter à l'échelle d'une saison — un sujet traité dans notre article sur l'entraînement polarisé.
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Sources scientifiques
- Coyle E. F., González-Alonso J. (2001). Cardiovascular Drift During Prolonged Exercise: New Perspectives. Exercise and Sport Sciences Reviews, 29(2), 88–92. https://doi.org/10.1097/00003677-200104000-00009
- Montain S. J., Coyle E. F. (1992). Influence of graded dehydration on hyperthermia and cardiovascular drift during exercise. Journal of Applied Physiology, 73(4), 1340–1350. https://doi.org/10.1152/jappl.1992.73.4.1340
- Hamilton M. T., González-Alonso J., Montain S. J., Coyle E. F. (1991). Fluid replacement and glucose infusion during exercise prevent cardiovascular drift. Journal of Applied Physiology, 71(3), 871–877. https://doi.org/10.1152/jappl.1991.71.3.871
- Wingo J. E., Lafrenz A. J., Ganio M. S., Edwards G. L., Cureton K. J. (2005). Cardiovascular Drift Is Related to Reduced Maximal Oxygen Uptake during Heat Stress. Medicine & Science in Sports & Exercise, 37(2), 248–255. https://doi.org/10.1249/01.mss.0000152731.33450.95
- Wingo J. E., Cureton K. J. (2006). Maximal oxygen uptake after attenuation of cardiovascular drift during heat stress. Aviation, Space, and Environmental Medicine, 77(7), 687–694. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16856352
- Wingo J. E., Salaga L. J., Newlin M. K., Cureton K. J. (2012). Cardiovascular Drift and VO2max During Cycling and Walking in a Temperate Environment. Aviation, Space, and Environmental Medicine, 83(7), 660–666. https://doi.org/10.3357/asem.3246.2012
- Wingo J. E., Stone T., Ng J. (2020). Cardiovascular Drift and Maximal Oxygen Uptake during Running and Cycling in the Heat. Medicine & Science in Sports & Exercise, 52(9), 1924–1932. https://doi.org/10.1249/mss.0000000000002324
- Stone T., Burnash S. G., Earley R. L., Mulholland A. M., Yoder H. A., MacDonald H. V., Richardson M. T., Wingo J. E. (2024). Metabolic Heat Production Modulates the Cardiovascular Drift–V̇O2max Relationship Independent of Aerobic Fitness in Women. Medicine & Science in Sports & Exercise, 57(1), 181–191. https://doi.org/10.1249/mss.0000000000003543
- Buresh R., Berg K., Noble J. (2005). Heat Production and Storage Are Positively Correlated With Measures of Body Size/Composition and Heart Rate Drift During Vigorous Running. Research Quarterly for Exercise and Sport, 76(3), 267–274. https://doi.org/10.1080/02701367.2005.10599298
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