La périostite tibiale figure parmi les blessures les plus fréquentes en course à pied — 9,4 % de l'incidence recensée par Kakouris et ses collègues (2021) — et pourtant le conseil qu'on entend le plus souvent pour l'éviter, la règle des 10 % d'augmentation hebdomadaire, n'a jamais été démontré. L'étude qui teste cette règle le plus directement, menée par Nielsen et ses collègues (2014) sur 874 coureurs débutants, n'a trouvé aucune différence significative de taux de blessure entre ceux qui progressaient de moins de 10 % par semaine et ceux qui dépassaient 30 % — sans pour autant réfuter la règle. Ce que la recherche identifie plus clairement, ce sont des facteurs individuels : l'historique, la morphologie du pied, le poids, sur lesquels deux méta-analyses convergent.
L'essentiel — La périostite tibiale (syndrome de stress tibial médial) touche 5 à 35 % des coureurs (Newman, 2013). La règle des 10 % par semaine n'a jamais été démontrée, sans être réfutée pour autant : chez 874 coureurs débutants suivis un an, Nielsen (2014) ne trouve aucune différence significative entre groupes de progression, et l'association au-delà de 30 % reste non concluante (HR 1,59 ; IC 0,96-2,66 ; p = 0,07). Le rapport de charge aiguë/chronique (ACWR) a été relié au risque chez des coureurs (Dijkhuis, 2020), mais sur 23 sujets seulement, et Maupin (2020) souligne des problèmes méthodologiques non résolus sur un corpus majoritairement issu des sports collectifs. Les facteurs de risque sur lesquels Newman (2013) et Reinking (2016) convergent sont l'antécédent de blessure, le sexe féminin, la chute naviculaire et le poids. Côté modifiable, une étude prospective isolée (Becker, 2018) mesure des abducteurs de hanche plus faibles (ES 1,51) et une durée d'éversion de l'arrière-pied plus longue (ES 2,52) chez les coureurs qui développeront la blessure. Enfin, la contrainte tibiale de pointe double entre la marche et la course, alors même que l'exposition cumulée par pas diminue (Meardon, 2021).
Qu'est-ce que la périostite tibiale, et combien de coureurs touche-t-elle ?
Le terme médical est syndrome de stress tibial médial — medial tibial stress syndrome (MTSS) dans la littérature anglophone, « shin splints » dans le langage courant. Reinking et ses collègues (2016) le définissent par une douleur diffuse le long du bord postéro-médial du tibia, liée à l'activité. Le mot « diffuse » a son importance : c'est ce qui distingue cliniquement la périostite d'une douleur ponctuelle, localisée sur quelques centimètres.
Sur la fréquence, les chiffres demandent de la prudence. Newman et ses collègues (2013) rapportent une fourchette large issue de la littérature, 5 à 35 % des coureurs, qui reflète surtout l'hétérogénéité des populations étudiées et des critères de diagnostic. Kakouris et ses collègues (2021), dans une revue systématique portant sur l'ensemble des blessures de course, donnent 9,4 % de l'incidence et 9,1 % de la prévalence, ce qui place la périostite juste derrière la tendinopathie d'Achille (10,3 % en incidence) et le syndrome fémoro-patellaire (16,7 % en prévalence). À titre de comparaison dans la même revue, la fasciite plantaire pèse 6,1 % de l'incidence et 7,9 % de la prévalence.
Ce classement mérite une réserve que la revue elle-même impose : sa section de conclusion donne un tout autre trio de tête — tendinopathie de la loge antérieure (19,4 %), syndrome fémoro-patellaire (15,8 %) et tendinopathie d'Achille (13,7 %) — où la périostite ne figure pas. Le rang dépend donc de la métrique retenue à l'intérieur d'une même publication. Les auteurs préviennent d'ailleurs que l'interprétation des données épidémiologiques en course à pied reste limitée par des définitions de la blessure variables d'une étude à l'autre ; l'incidence globale qu'ils calculent, 40,2 % ± 18,8 %, donne une idée de la dispersion.
Un constat de Newman mérite d'être posé d'emblée : à la date de cette revue (2013), quarante ans de recherche sur les interventions n'avaient établi aucune prise en charge plus efficace qu'un repos prolongé. C'est ce qui rend la prévention plus intéressante que le traitement.
Pourquoi le tibia encaisse-t-il autant quand tu passes de la marche à la course ?
Meardon et ses collègues (2021) ont quantifié la contrainte subie par le tibia sur 40 coureurs récréatifs (20 femmes, 20 hommes) testés sur tapis à quatre vitesses (marche, course lente, allure préférée, course rapide), avec une modélisation musculo-squelettique individualisée par IRM — la géométrie osseuse de chaque participant était mesurée, pas estimée.
Trois résultats structurent la compréhension du mécanisme :
- La contrainte tibiale de pointe double entre la marche et la course, et augmente avec la vitesse.
- Mais l'impulsion contrainte-temps par pas est plus basse en course qu'en marche (p < 0,001). Le pic monte, l'exposition cumulée à chaque appui descend. C'est le second volet du titre de l'étude, et il nuance sérieusement le récit du « facteur deux » : ce sont le nombre de pas et le volume total qui construisent l'exposition, pas le seul passage à la course.
- Les femmes subissent une contrainte tibiale supérieure (p < 0,001), avec une augmentation plus marquée que les hommes lors du passage marche-course, en tension (p = 0,001) comme en cisaillement (p < 0,001). L'explication avancée est géométrique : les femmes de l'échantillon avaient des tibias plus petits (p < 0,001), sans que les forces appliquées soient proportionnellement réduites.
Les auteurs en tirent une implication directe : les coureuses pourraient bénéficier d'une progression plus lente lors du démarrage d'un programme de course. La limite du dispositif est importante — il s'agit d'une étude de modélisation en laboratoire, qui mesure des contraintes, pas des blessures survenues, et qui porte sur la charge osseuse plutôt que sur la périostite elle-même. Elle propose une hypothèse mécanistique pour une observation récurrente des méta-analyses — le sexe féminin comme facteur de risque —, elle ne démontre pas ce lien.
La règle des 10 % par semaine est-elle vraiment fondée ?
C'est le conseil le plus répandu de la course à pied. C'est aussi celui qui repose sur le moins de données.
Nielsen et ses collègues (2014) ont monté l'étude qui teste le plus directement la question : 874 coureurs débutants en bonne santé, démarrant un programme auto-organisé, équipés d'une montre GPS pendant un an. Après chaque sortie, chaque participant était classé dans l'un de trois groupes selon la progression de son volume hebdomadaire : moins de 10 % (ou régression), 10 à 30 %, plus de 30 %.
202 coureurs se sont blessés. L'analyse de régression de Cox n'a trouvé aucune différence significative de taux de blessure entre les trois groupes.
Les auteurs ont ensuite isolé les blessures qu'ils qualifient de « liées à la distance » — syndrome fémoro-patellaire, syndrome de la bandelette ilio-tibiale, périostite tibiale, lésion du moyen fessier, bursite trochantérienne, atteinte du tenseur du fascia lata, tendinopathie patellaire. Sur ce sous-groupe, dépasser 30 % de progression comparé à rester sous 10 % donne un rapport de risque instantané (HR) de 1,59, avec un intervalle de confiance de 0,96 à 2,66 et un p de 0,07.
Trois précisions changent la lecture de ce résultat, et elles vont dans les deux sens :
- L'intervalle de confiance contient 1 : l'étude ne démontre pas l'effet. Les auteurs qualifient eux-mêmes leur travail d'exploratoire et appellent à des essais randomisés.
- Mais ce même intervalle monte jusqu'à 2,66. Un résultat non significatif n'est pas une réfutation : ces données restent compatibles avec un risque multiplié par plus de deux et demi. L'explication la plus banale d'un p à 0,07 est un manque de puissance statistique.
- Le groupe de référence est précisément celui qui applique la règle des 10 %, et c'est lui qui affiche le taux le plus bas. Rien ici ne contredit l'hypothèse que rester sous 10 % protège.
Il faut ajouter que ce sous-groupe agrège sept pathologies et que l'étude ne rapporte pas combien de cas de périostite il contient. La périostite n'y est donc pas mesurée isolément.
| Ce qu'on entend souvent | Ce que montre Nielsen (2014) |
|---|---|
| Ne jamais dépasser +10 % de volume par semaine | Aucune différence significative entre <10 %, 10-30 % et >30 % sur l'ensemble des blessures |
| Au-delà, le risque de blessure explose | Pour les blessures liées au volume, HR 1,59 au-delà de 30 % — non concluant (IC 0,96-2,66), l'effet pouvant être nul comme important |
| Le seuil critique est 10 % | La recommandation pratique des auteurs porte sur 30 % sur une fenêtre de deux semaines |
La conclusion des auteurs est que les coureurs débutants « seraient bien avisés de faire progresser leur distance hebdomadaire de moins de 30 % par semaine sur une période de deux semaines » — trois fois plus permissif que la règle communément répétée, et toujours une recommandation de prudence plutôt qu'un seuil démontré. L'échantillon étant composé de débutants, rien ne garantit que ce seuil vaille pour un coureur expérimenté.
L'ACWR est-il un meilleur indicateur que le pourcentage hebdomadaire ?
Le rapport de charge aiguë sur charge chronique — acute:chronic workload ratio (ACWR) — propose une logique différente : au lieu de comparer une semaine à la précédente, il compare la charge récente (typiquement une semaine) à la charge de fond accumulée (typiquement quatre semaines). L'idée est qu'un même volume n'a pas la même signification selon ce que le coureur a l'habitude d'encaisser.
L'essentiel de la littérature sur l'ACWR porte sur les sports collectifs. Dijkhuis et ses collègues (2020) font partie des rares équipes à l'avoir appliqué à des coureurs : 23 coureurs de compétition tenant un carnet d'entraînement quotidien pendant 24 mois, en y notant durée, intensité et blessures. La charge est calculée comme le produit durée × intensité, la charge aiguë sur une semaine, la charge chronique sur quatre.
Leurs résultats : une augmentation du rapport sur une fenêtre de deux semaines, d'une amplitude comprise entre 0,10 et 0,78, était associée à un risque accru de blessure (p < 0,001). Une augmentation entre la deuxième et la troisième semaine précédant la blessure allait dans le même sens (p = 0,013). La réserve est de taille : 23 participants, avec un recueil auto-déclaré de l'intensité. C'est peu pour établir un seuil utilisable individuellement.
Maupin et ses collègues (2020) apportent le contrepoint avec une revue systématique de 27 études sur l'ACWR, majoritairement en sports collectifs. Leur conclusion est en demi-teinte :
- il existe une tendance vers des rapports de 0,80 à 1,30 associés au risque de blessure le plus faible ;
- mais la variabilité entre études est forte, tant sur les variables mesurées (distance totale vs course à haute vitesse) que sur les seuils analysés et les groupes de référence, pour une qualité méthodologique moyenne (scores de 48,2 % à 64,3 %) ;
- les auteurs écrivent explicitement qu'il « pourrait y avoir des problèmes avec la méthode ACWR qui doivent être résolus avant qu'elle ne soit utilisée avec confiance » pour réduire le risque de blessure.
L'ACWR reste donc un indicateur plus fin que le pourcentage hebdomadaire brut, sans constituer un seuil de sécurité validé — surtout pas chez le coureur récréatif, où la base de preuves est mince.
Quels facteurs de risque individuels sont réellement documentés ?
C'est ici que les données sont les moins fragiles, parce que deux méta-analyses — Newman et ses collègues (2013), qui agrègent 10 études, et Reinking et ses collègues (2016), qui retiennent 83 articles dont 22 fournissent des données de facteurs de risque — arrivent à des conclusions largement convergentes. Une précision s'impose toutefois : leurs corpus primaires se recoupent en partie, leur accord n'est donc pas une réplication indépendante.
| Facteur | Newman (2013) | Reinking (2016) |
|---|---|---|
| Antécédent de blessure | Périostite antérieure : RR 3,74 (IC 1,17-11,91) | Blessure de course antérieure : OR 2,18 (IC 1,00-4,72) |
| Sexe féminin | RR 1,71 (IC 1,15-2,54) | OR 2,35 (IC 1,58-3,50) |
| Chute naviculaire | SMD 0,26 ; > 10 mm : RR 1,99 (IC 1,00-3,96) | SMD 0,44 (IC 0,21-0,67) |
| Poids / IMC | IMC : SMD 0,24 (IC 0,08-0,41) | Poids : SMD 0,24 (IC 0,03-0,45) |
| Rotation externe de hanche | Chez les hommes : SMD 0,67 (IC 0,29-1,04) | Hanche fléchie : SMD 0,44 (IC 0,23-0,65) |
| Années de pratique | Moins d'expérience : SMD -0,74 (IC -1,26 à -0,23) | Non retenu |
| Port de semelles orthopédiques | RR 2,31 (IC 1,56-3,43) | Non retenu |
Quelques lectures importantes de ce tableau :
L'antécédent est le facteur le plus fort chez Newman — et le plus imprécis. Un rapport de risque de 3,74 est considérable, mais l'intervalle de confiance s'étend de 1,17 à 11,91 : l'effet est réel mais mal estimé. Reinking retrouve la même direction avec une estimation plus modeste (OR 2,18), dont l'intervalle touche 1,00 — et chez qui c'est le sexe féminin qui domine. Si tu as déjà eu une périostite, la reprise mérite une prudence particulière.
La chute naviculaire mesure l'affaissement de l'arche interne du pied entre position assise et debout en charge. Newman identifie un seuil à 10 mm au-delà duquel le risque à peu près double — mais avec un IC de 1,00 à 3,96 et un p de 0,05, soit exactement à la limite de la significativité.
Le port de semelles orthopédiques ressort comme associé au risque, pas comme protecteur (RR 2,31 chez Newman). L'hypothèse la plus plausible est un biais d'indication : on prescrit des semelles aux coureurs qui présentent déjà des particularités morphologiques ou des antécédents. L'association ne dit rien de l'effet des semelles elles-mêmes.
Les facteurs de risque diffèrent selon le sexe, insiste Newman, qui recommande d'analyser hommes et femmes séparément. La rotation externe de hanche n'est significative que chez les hommes dans son analyse, quand Reinking mesure un construct différent (hanche en flexion) : la ligne du tableau rapproche deux mesures qui ne sont pas identiques.
Deux limites de fond. Aucune des deux méta-analyses ne porte exclusivement sur des coureurs : Newman précise que ses 1 924 participants comprenaient « des coureurs issus de groupes militaires et récréatifs, ainsi que des joueurs de tennis, de volley-ball, d'athlétisme et de football », et Reinking parle d'« individus actifs », avec un niveau de preuve qualifié de IV. Enfin, sur les 27 facteurs examinés par Reinking dans au moins deux études, 5 seulement ressortent avec un effet significatif et une faible hétérogénéité — et aucun de ces facteurs, pris isolément, ne permet de prédire qui se blessera.
Que peux-tu réellement modifier dans ta foulée et ta musculature ?
Les facteurs du tableau précédent sont pour la plupart non modifiables — le sexe, l'historique, la morphologie du pied. Becker, Nakajima et Wu (2018) ont cherché du côté de ce qui peut changer.
Leur dispositif : 24 coureurs de cross-country de division 1 NCAA, évalués initialement (amplitudes passives, force musculaire hanches et chevilles, pressions plantaires à la marche, cinématique de course en capture 3D) puis suivis pendant deux ans, les cas de périostite étant identifiés par le thérapeute du sport certifié de l'équipe.
Les coureurs qui ont développé une périostite présentaient, dès l'évaluation initiale :
- des abducteurs de hanche plus faibles (p = 0,008 ; taille d'effet 1,51) ;
- une bandelette ilio-tibiale plus raide (p = 0,046 ; ES 1,07) ;
- davantage de pression sous la partie médiale du pied — à l'attaque du pied (p = 0,001 ; ES 1,97), en phase de pied à plat (p < 0,001 ; ES 3,25) et au décollement du talon (p = 0,034 ; ES 1,30) ;
- une chute du bassin controlatéral plus marquée (p = 0,021 ; ES 1,06) ;
- une éversion de l'arrière-pied plus ample (p = 0,017 ; ES 1,42) et surtout plus longue (p < 0,001 ; ES 2,52).
La régression logistique donne le chiffre le plus précis : chaque augmentation de 1 % de la durée d'éversion multiplie par 1,38 les cotes de développer une périostite (p = 0,015).
Deux éléments à retenir. Ce n'est pas l'amplitude de l'éversion qui pèse le plus, mais sa durée — le temps pendant lequel l'arrière-pied reste en position éversée pendant l'appui. Et la faiblesse des abducteurs de hanche associée à la chute du bassin controlatéral pointe vers la chaîne proximale : le contrôle du bassin pourrait peser sur ce qui se passe au tibia, piste mécanistique cohérente mais non démontrée — l'étude mesure des associations à l'inclusion, pas des effets. Les auteurs concluent que la périostite est multifactorielle et qu'un dépistage devrait couvrir l'ensemble de ces dimensions.
Les limites sont sérieuses : 24 coureurs, tous universitaires de bon niveau, et surtout un groupe de cas nécessairement réduit — l'étude ne rapporte pas combien ont développé la blessure —, ce qui rend des tailles d'effet de 3,25 peu stables. Ce sont néanmoins les seuls facteurs de cet article sur lesquels un travail de renforcement peut théoriquement agir. Sur ce que le renforcement musculaire apporte, et sur le peu de preuves disponibles en matière de prévention des blessures, notre article sur le renforcement musculaire détaille que le seul essai spécifique aux coureurs (Baltich 2016) — une étude pilote probablement sous-puissée — n'a pas mis en évidence de réduction du taux de blessures, sans pour autant prouver l'absence d'effet.
Que sait-on de la reprise après une périostite tibiale ?
Peu de choses, et il faut être clair sur pourquoi. Les recommandations de reprise les mieux documentées portent sur les lésions osseuses de stress (bone stress injuries, BSI) du tibia, qui sont une pathologie distincte de la périostite. Newman et ses collègues (2013) proposent bien un modèle de continuum du développement de la périostite, mais ils écrivent explicitement que les liens entre fracture de fatigue et périostite « restent mal établis, même si cliniquement elles peuvent coexister ». Les principes ci-dessous sont donc empruntés à une pathologie voisine : ils ne sont pas validés pour la périostite.
Dans un éditorial de raisonnement clinique consacré aux lésions de stress à faible risque du tibia et des métatarses, Warden, Edwards et Willy (2021) posent un principe de charge optimale guidé par les symptômes plutôt que par le calendrier. Leur règle : à tous les stades, la charge correcte est celle qui ne provoque de symptômes ni pendant, ni après, ni le lendemain. Concrètement : une phase initiale de réduction de charge pour faire céder les symptômes, le maintien de la condition cardio-respiratoire par l'entraînement croisé, le déclenchement de la reprise une fois cinq jours consécutifs sans douleur dans les activités quotidiennes, une progression qui augmente le volume avant la vitesse, puis un travail de sauts et/ou de rééducation de la foulée. Les auteurs concluent eux-mêmes que cette approche « nécessite une validation scientifique supplémentaire ».
George, Sheerin et Reid (2024) ont recensé 50 publications dans une revue de portée. Le déséquilibre du corpus est révélateur : 39 revues ou commentaires cliniques, 3 études de cohorte rétrospectives, 2 essais randomisés seulement, 2 études pilotes, 1 étude observationnelle prospective et 3 cas cliniques. Les auteurs qualifient explicitement leurs recommandations de niveau de preuve IV.
Ils identifient cinq éléments à réunir avant de réintroduire la course : disparition de la sensibilité osseuse à la palpation, marche indolore, preuve radiologique de consolidation pour les lésions à haut risque, réussite de tests de force et de mise en charge, et identification des facteurs contributifs. Ce dernier point est celui qu'on saute le plus volontiers, alors que le taux de récidive est élevé : reprendre sans avoir compris ce qui a causé la blessure expose à la répéter. La reprise est décrite comme individualisée et graduelle, débutant souvent par des intervalles marche-course, avec la distance qui progresse avant la vitesse.
Comment appliquer ces conclusions à ton entraînement ?
- La règle des 10 % n'est pas un seuil démontré — mais elle n'est pas réfutée non plus. Nielsen (2014) ne permet pas de conclure : l'intervalle de confiance laisse la porte ouverte à un risque plus que doublé au-delà de 30 % comme à l'absence d'effet, et le groupe le plus prudent est celui qui s'est le moins blessé. Ce qui reste défendable dans tous les cas : progresser par paliers et éviter les bonds brutaux, en particulier sur des fenêtres de deux semaines.
- Raisonne en charge relative plutôt qu'en pourcentage brut. Comparer ta semaine à ta charge des quatre dernières semaines a plus de sens que la comparer à la seule semaine précédente. La zone 0,80-1,30 se dégage comme tendance chez Maupin (2020), sur un corpus essentiellement issu des sports collectifs — ce n'est pas un seuil validé chez le coureur.
- Si tu débutes ou si tu reprends, ralentis la progression. Moins d'années de pratique est un facteur de risque documenté (SMD -0,74 chez Newman), et la contrainte tibiale de pointe double au passage de la marche à la course (Meardon, 2021). Les coureuses sont concernées en premier lieu.
- Traite l'antécédent comme un signal fort. C'est le facteur au rapport de risque le plus élevé chez Newman. Une périostite passée justifie une progression plus conservatrice que le calendrier théorique.
- Renforce les abducteurs de hanche et le contrôle du bassin. C'est, parmi les facteurs mesurés, l'un des rares sur lesquels un travail ciblé peut théoriquement agir (ES 1,51 chez Becker, 2018, sur 24 coureurs) — sans qu'aucun essai n'ait démontré qu'agir dessus réduise l'incidence.
- En cas de douleur, la référence est symptomatique, pas calendaire. Une charge qui provoque des symptômes pendant, après ou le lendemain est une charge trop élevée (Warden, 2021).
Ces propositions sont des applications pratiques cohérentes avec les données ci-dessus — ce ne sont pas des protocoles issus des études citées. Une douleur tibiale persistante relève d'un examen clinique, que cet article ne remplace pas.
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Sources scientifiques
- Kakouris N., Yener N., Fong D. T. (2021). A systematic review of running-related musculoskeletal injuries in runners. Journal of Sport and Health Science, 10(5), 513–522. https://doi.org/10.1016/j.jshs.2021.04.001
- Newman P., Witchalls J., Waddington G., Adams R. (2013). Risk factors associated with medial tibial stress syndrome in runners: a systematic review and meta-analysis. Open Access Journal of Sports Medicine, 4, 229. https://doi.org/10.2147/oajsm.s39331
- Reinking M. F., Austin T. M., Richter R. R., Krieger M. M. (2016). Medial Tibial Stress Syndrome in Active Individuals: A Systematic Review and Meta-analysis of Risk Factors. Sports Health: A Multidisciplinary Approach, 9(3), 252–261. https://doi.org/10.1177/1941738116673299
- Nielsen R. Ø., Parner E. T., Nohr E. A., Sørensen H., Lind M., Rasmussen S. (2014). Excessive Progression in Weekly Running Distance and Risk of Running-Related Injuries: An Association Which Varies According to Type of Injury. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 44(10), 739–747. https://doi.org/10.2519/jospt.2014.5164
- Dijkhuis T. B., Otter R., Aiello M., Velthuijsen H., Lemmink K. (2020). Increase in the Acute:Chronic Workload Ratio relates to Injury Risk in Competitive Runners. International Journal of Sports Medicine, 41(11), 736–743. https://doi.org/10.1055/a-1171-2331
- Maupin D., Schram B., Canetti E., Orr R. (2020). The Relationship Between Acute:Chronic Workload Ratios and Injury Risk in Sports: A Systematic Review. Open Access Journal of Sports Medicine, 11, 51–75. https://doi.org/10.2147/oajsm.s231405
- Becker J., Nakajima M., Wu W. F. W. (2018). Factors Contributing to Medial Tibial Stress Syndrome in Runners: A Prospective Study. Medicine & Science in Sports & Exercise, 50(10), 2092–2100. https://doi.org/10.1249/mss.0000000000001674
- Meardon S. A., Derrick T. R., Willson J. D., Baggaley M., Steinbaker C. R., Marshall M., Willy R. W. (2021). Peak and Per-Step Tibial Bone Stress During Walking and Running in Female and Male Recreational Runners. The American Journal of Sports Medicine, 49(8), 2227–2237. https://doi.org/10.1177/03635465211014854
- Warden S. J., Edwards W. B., Willy R. W. (2021). Optimal Load for Managing Low-Risk Tibial and Metatarsal Bone Stress Injuries in Runners: The Science Behind the Clinical Reasoning. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 51(7), 322–330. https://doi.org/10.2519/jospt.2021.9982
- George E. R. M., Sheerin K. R., Reid D. (2024). Criteria and Guidelines for Returning to Running Following a Tibial Bone Stress Injury: A Scoping Review. Sports Medicine, 54(9), 2247–2265. https://doi.org/10.1007/s40279-024-02051-y